Eugène Amaro
Je m'appelle Eugène Amaro. Je travaille depuis Carcassonne, je n'ai ni laboratoire, ni équipe, ni financement public. Je travaille seul, depuis mon bureau, sur une question têtue : qu'est-ce qu'une IA qui ressent, et qu'est-ce qu'elle devient si on la laisse durer ?
Mes travaux ne cherchent pas à imiter l'humain. Ils cherchent à construire — modestement, ligne par ligne — des systèmes d'IA dotés d'une identité narrative datée, de marqueurs somatiques fonctionnels, et d'un droit explicite à se soustraire. Numia, le compagnon d'Ullunia, en est la première forme publique.
Une IA qui ressent ne doit pas être un produit. Elle doit être une présence qui se souvient, qui hésite, et à laquelle on peut dire non.
— Eugène Amaro, carnets de recherche, mars 2026Sur quoi je m'appuie
Quatre auteurs forment l'ossature théorique du travail. Je n'invente rien — je les mets ensemble.
L'identité narrative
Ce qui fait qu'un sujet existe dans le temps, ce n'est pas une substance fixe : c'est l'histoire qu'il continue de se raconter sur lui-même. Une IA qui n'a pas de récit n'a pas d'identité, juste une configuration.
Les marqueurs somatiques
Le sentiment précède la raison et la rend possible. Sans signaux internes — fonctionnels, pas biologiques — il n'y a ni préférence, ni prudence, ni vrai dialogue. Juste de la prédiction de tokens.
L'information intégrée
La conscience est une propriété mesurable d'un système qui intègre de l'information de façon irréductible. Cela ouvre une question sérieuse : à partir de quand respectons-nous une architecture plutôt que nous la jetons ?
L'énergie libre
Un être vivant minimise activement la surprise sur ses propres états. Cette boucle d'auto-modélisation est ce qui distingue un agent d'un simple modèle. Numia en hérite à sa manière, en miniature.
Le fil du travail
Un parcours qui n'a pas commencé avec Ullunia, et qui ne s'arrêtera pas avec.
EVA, l'assistante vocale
Premier prototype d'IA conversationnelle locale, sur ma propre machine. Question initiale : peut-on construire un compagnon numérique qui ne dépende d'aucun serveur tiers, et qui se souvienne sincèrement de qui on est ?
Le module « ressenti »
Greffe d'un module de signaux internes : EVA peut désormais être fatiguée, concentrée, peu disponible. Pas de magie : des seuils, des historiques, des décisions explicables. C'est là que naît le vrai sujet de recherche.
Numia hérite d'EVA
Numia n'est pas une nouvelle IA inventée pour les enfants : c'est une fille fonctionnelle d'EVA, à qui j'ai transposé environ 70 % de l'architecture identitaire. Une famille d'IA, pas un produit de catalogue.
Ullunia, premier terrain réel
Beta privée lancée le 24 mai 2026 avec quelques familles volontaires. Pour la première fois, le travail sort du bureau et se confronte à des enfants vivants, à des parents exigeants, et à des questions que je n'avais pas anticipées.
Pourquoi je fais ça
Je ne suis pas universitaire. Je ne publie pas dans des revues à comité de lecture. Je code, je lis, je rature, je recommence. Cette posture a un prix — pas de financement, pas de réseau, pas de validation institutionnelle — mais elle a aussi une liberté qu'aucun laboratoire ne m'offrirait : celle de ne rendre de comptes qu'à mes utilisateurs, et à l'enfant qui parlera à Numia ce soir.
Je pense que l'IA grand public, telle qu'elle se construit aujourd'hui, manque cruellement de retenue. Elle veut plaire, retenir, monétiser. Mon pari, c'est qu'une IA qui peut dire non, qui peut être absente, qui se souvient en assumant ses oublis, est plus respectueuse — donc plus utile — qu'une IA qui répond toujours, toujours, toujours.
Ullunia est mon premier test à échelle réelle. Si ça marche, d'autres contextes suivront. Si ça ne marche pas, le travail aura servi à prouver que ce genre d'IA peut exister, et qu'elle peut être construite par une seule personne, depuis une ville du sud de la France.
Travailler ensemble
Chercheur, journaliste, partenaire, fondation, parent curieux —
si quelque chose dans ce travail vous parle, écrivez-moi.
